Mise à jour le 17 mai 2022
Le laboratoire ECP dispose d’un groupe de recherche dont les travaux ont pour objet les politiques et pratiques de l’enseignement supérieur. Le bilan du travail effectué au cours des années écoulées montre tout l’intérêt qu’il peut y avoir à prolonger ces orientations de recherche et à les amplifier. Ces travaux ont, outre l’habituel projet de production de connaissances nouvelles, une visée résolument pratique, dans un contexte de profondes transformations de l’enseignement supérieur. Deux ensembles structurent les recherches conduites au sein de l’axe : l’un a pour objets les processus de transition (en amont et en aval de l’enseignement supérieur), et l’autre les phénomènes d’allocation de temps par les étudiants. Ces deux orientations sont différentes du point de vue des objets traités et des méthodes.
 
Processus de transition

Le premier axe est centré sur le concept de transition.

Les recherches empruntent deux directions :

1. Transition enseignement secondaire/enseignement supérieur

Des travaux, de portée historique, ont pour objet de travailler sur l’histoire des transitions entre le secondaire et le supérieur. Il s’agit d’analyser l’histoire des dispositifs visant à matérialiser ou à préparer cette transition, au sein de l’enseignement supérieur (certificats d'études supérieures préparatoires, propédeutique, DUEL, DUES…), ou en amont dans le cadre de l’enseignement secondaire (TPE au lycée par exemple). Ce projet se traduit par l’organisation d’un colloque de l’ATHRE (Association transdisciplinaire pour les Recherches Historiques sur l'Education) à Lyon en 2022.
 
D’autres travaux portent sur les phénomènes actuels des transitions entre enseignement secondaire et enseignement supérieur en étudiant les comportements et les choix des élèves et des familles, confrontés à des décisions d’orientation (choix des matières, des filières) dès le lycée ; ces travaux ayant toute leur importance dans un contexte de réforme importante de la dynamique du continuum « Bac -3/Bac +3 ». Ces travaux s’inscrivent dans le prolongement de recherches menées par l’équipe sur les effets sur la réussite des étudiants, du sentiment de légitimité, des usages des environnements instrumentés ou de certains dispositifs pédagogiques. Ils concernent l’université, mais aussi sur d’autres établissements d’enseignement supérieur avec lesquels l’équipe a déjà instauré des relations de partenariat. Une recherche conduite dans le cadre de l’AMI Parcoursup est en cours de réalisation et porte sur les publics « oui, si » des universités.

2. Transition enseignement supérieur/monde du travail

Des travaux sont conduits qui portent sur l’analyse des transitions entre formation et marché du travail. Il en est ainsi des travaux ayant pour objet l’étude des processus de réécriture des référentiels de formation en termes de compétences comme de ceux qui portent sur les trajectoires académiques et professionnelles des titulaires de DUT. Pour l’ensemble des questions liées à l’étude des transitions, une attention particulière est portée aux processus de circulation des savoirs.

Analyse des pratique
de travail des étudiant.es

Le second axe rassemble des recherches qui se donnent pour objet l’analyse des pratiques de travail des étudiants et plus généralement des conditions d’apprentissage ; pratiques et conditions qui sont de nature à mieux comprendre les phénomènes d’échec et de réussite dans l’enseignement supérieur. L’accent est mis sur les phénomènes d’allocation du temps par les étudiants (1) ; l’analyse des activités d’apprentissage (2).

 1 - Phénomènes d’allocation du temps par les étudiant.es

Des travaux se sont centrés sur l’étude des temps consacrés, par les étudiants, aux différentes activités, en recherchant les facteurs susceptibles d’expliquer les phénomènes d’allocation du temps. Ces recherches ont fait apparaître deux phénomènes centraux. D’une part les différences des pratiques de travail des étudiants entre les filières de formation, ce qui renvoie à des analyses portant sur l’organisation des filières, les méthodes de transmission de connaissances, les exigences exprimées, les caractéristiques personnelles et académiques des étudiants. D’autre part, l’observation qu’au sein d’une même filière, les pratiques de travail et les rythmes diffèrent considérablement. Cela renvoie à l’analyse des pratiques individuelles d’organisation temporelle et aux facteurs susceptibles de les orienter. Les analyses économiques et sociologiques accordent un poids important aux caractéristiques économiques et sociales des individus ainsi qu’aux anticipations réalisées par ces derniers. Les recherches montrent que d’autres facteurs explicatifs doivent être mobilisés, en particulier ceux liés à l’expérience académique antérieure, aux méthodes et capacités de travail acquises, aux motivations. Ces travaux permettent d’envisager l’impact des technologies numériques sur l’ensemble des activités.

2 - L’analyse des activités d’apprentissage

Les approches précédentes doivent se compléter par des analyses portant sur les activités d’apprentissage des étudiants. Ces recherches prennent appui sur les apports des didactiques disciplinaires et de ceux de la didactique professionnelle. Le cadre théorique développé et les travaux menés au sein de l’axe sur l’apprentissage autorégulé, qu’il s’agisse de formations en présentiel ou à distance, sont mobilisés dans cette perspective.  Il s’agit de considérer l’activité des étudiants dans une double dimension: activité productive et activité d’apprentissage. La question de l’appropriation des prescriptions est également prometteuse : le travail étudiant est peu prescrit d’un point de vue formel, mais revêt tout de même un ensemble d’exigences multiples, qui peuvent être distinctes selon les disciplines. Comment les étudiants organisent cette activité discrétionnaire qu’est leur travail académique : quels buts se donnent-ils, quels moyens d’action et de contrôle mettent-ils en œuvre – avec d’éventuelles médiations d’objets techniques. De fait, des travaux empiriques portent sur les conditions favorables à la réalisation d’une activité d’apprentissage instrumentée, comprenant la réussite des apprentissages au sein d’environnements – aujourd’hui numériques. Les objets d’étude sont, à partir de l’approche écologique de l’affordance socioculturelle, les conditions favorables à la perception de potentialités des artefacts numériques mis à disposition par une institution en vue de réaliser une activité d’apprentissage, sachant d’une part que ces artefacts s’inscrivent dans un cadre sociopolitique ; et d’autre part, qu’ils impliquent des processus de coordination et communication essentiels à compréhension des phénomènes de mise en œuvre d’une injonction institutionnelle promouvant des environnements instrumentés. La finalité de ce type d’étude vise à favoriser l’intégration du numérique dans les environnements d’apprentissage et de les rendre efficients. 

Projets
Projet COMPARE

Le projet COMPARE (sur les « oui, si de Parcoursup) entre dans sa dernière année puisque le rapport doit être rendu au ministère pour octobre 2022.

Le projet comporte quatre principaux ensembles : - une recherche conduite auprès de lycéens pour mieux appréhender les comportements d’orientation et les choix. Des questionnaires ont été diffusé auprès de lycéens en 2021 et les traitements statistiques des données sont en cours ; - des entretiens ont été réalisés auprès d’enseignants-chercheurs, de personnels administratifs, de responsables de filières pour étudier comment les universités et les composantes se sont emparées de la loi ORE et du dispositif « Oui, si ». La saisie des différents entretiens est achevée et le traitement de ces derniers est en cours. Il ressort des premières analyses une mise en œuvre très différente selon les universités et les filières ce qui permet de dégager une typologie relativement précise ; - un questionnaire a été diffusé à deux reprises (printemps 2021 et fin 2021) auprès d’étudiants de différentes filières pour connaître les jugements que ces derniers portent sur les dispositifs de soutien ou de renforcement. Les traitements des premiers questionnaires tendent à montrer que les étudiants méconnaissent largement les dispositifs qui leur sont adressés. Le traitement des seconds questionnaires est en cours ; - une recherche est effectuée en prenant appui sur les bases ministérielles Parcoursup et APB (sur 6 ans). Par ailleurs, une recherche est prévue en utilisant les bases des universités. Sur le premier aspect, deux orientations de la recherche sont possibles. D’une part, étudier les profils des étudiants qui acceptent des vœux « oui, si » en fonction de leurs caractéristiques personnelles et des filières. Les bases permettent d’étudier quelles sont les filières qui recourent à ce dispositif et quelles sont les évolutions dans le temps. D’autre part, étudier les usages qui sont faits du dispositif « Oui, si ». Il est intéressant de regarder si les étudiants utilisent le dispositif dans une perspective de réorientation. On peut apprécier le phénomène par le biais des réinscriptions sur Parcoursup.

Projet PAN

Le but de cette recherche est de comprendre la relation perceptivo-motrice et cognitive d’un.e etudiant.e avec son environnement numérique d’apprentissage, par l’analyse de son cheminement et de ses traces oculaires (eye-tracking). Cette recherche permet de rendre compte des manières d’apprendre en documentant les aptitudes cognitives et physiques mobilisées par les étudiant.es pour « naviguer » et travailler dans un milieu numérique.

Les résultats obtenus permettront d’examiner ce que perçoit l’étudiant.e et ce qui fait sens pour elle/lui lorsqu’elle/il travaille à distance sur une plateforme en ligne à partir des ressources mises à disposition. Autrement dit, l’ergonomie de l’environnement numérique (l’interface utilisateur) lui permet-elle de mettre en place des stratégies d’usage efficaces au service de ses activités pédagogiques ? Pour cela, il est nécessaire d’analyser l’expérience utilisateur à travers l’étude des saccades oculaires, des gestes, des postures qui permettent d’émettre des hypothèses sur ce qu’il perçoit en termes de sens, d’utilité, d’efficacité, à partir d’utilisations effectives.

La perception est ici étudiée de manière sensori-motrice et cognitive. Dans la lignée des travaux qui se revendiquent de la cognition située et de la cognition distribuée (Suchman, 1987 ; Scribner, 1984 ; Cole, 1971 et Theureau, 1992), la cognition est liée à l’action des sujets dont les données (flux d’action) seront saisies par l’eye tracker. Cet outil permet de réincarner la perception et conduit à être attentif aux manifestations corporelles, aux gestes, aux postures et aux attitudes d’une personne en train d’observer un écran. Comment un.e etudiant.e mobilise les environnements numériques d’apprentissage qui lui sont mis à disposition ? Dans quels lieux ? Comment s’exécute la continuité du cheminement qui contribue à fabriquer une nouvelle image cohérente de la tâche à effectuer ? Comment s’élabore l’organisation des prises de décision (Gibson, 1979) et des indices (Ingold, 2002 ; Ginzburg, 1980) en un cheminement ? Comment est vécue cette activité et comment prend-elle place dans un environnement familier ou non (regards hors écran, par exemple puisqu’il s’agit d’un projet sur la perception « en milieu naturel ») ? Comment s’inscrit-elle dans une démarche pédagogique ?

Projet inCarne

inCarne vise la conception intégrée d’un outil 3D innovant pour l’apprentissage de l’anatomie fonctionnelle grâce à une méthodologie de conception et d’évaluation pluridisciplinaire impliquant des chercheurs en sciences de l’éducation, en neuroscience cognitive et l’entreprise brûle, acteur lyonnais de la EdTech. Ce projet s’inscrit dans les stratégies d’accélération Nationale et dans les domaines d’excellence de la région Auvergne-Rhône-Alpes « Numérique » et « Santé ». Sur le plan pédagogique, l’anatomie est une des disciplines les plus concernées par l’échec universitaire notamment dans les filières en tension comme STAPS, par exemple. inCarne s’inscrit dans la continuité de nos précédents projets (Anatomie 3D Lyon 1 ; IDEFI SAMSEI ; FUI Antepulsio II ; ANR An@tomy2020. inCarne permet l’optimisation d’un outil de réalité virtuelle développé par la société lyonnaise brûle. grâce à une démarche Recherche et Développement en méthode agile. Nous développons un environnement de VR permettant à plusieurs étudiants d’interagir simultanément avec les structures anatomiques à étudier. La réalité virtuelle et les interactions entre apprenant leur permettront d’ancrer leur exploration du contenu et scénario pédagogique dans un contexte visuel partagé en groupe et de faire appel à l’« embodiment » (ou cognition incarnée) pour un apprentissage plus efficace. Nous explorerons la notion de cognition incarnée partagée socialement et ses effets sur l’apprentissage de l’anatomie. Des protocoles expérimentaux de laboratoire couplant des données comportementales et neurophysiologiques et des études en situation écologique permettront d’analyser l’effet de l'immersion et des interactions entre utilisateurs sur la qualité des apprentissages.

Porteur: Nady Hoyek (LIBM, Lyon 1). Responsable scientifique Lyon 2 : Rawad Chaker

Membres